Babilim (2004)

pour chœur mixte ou ensemble vocal (11′)
Commande du Chœur de Chambre de Rouen

A Daniel Bargier

Création le 19/6/05 à Darnétal dans le cadre de « Voix de Fête », Festival International d’Art Vocal de la Ville de Rouen, par le Chœur de Chambre de Rouen sous la direction de Daniel Bargier

Éditions Jobert

CD LI 13-0901, Ensemble Vocal XX.21 dir. Agnès Charles

Partant d’un épisode biblique, l’œuvre fait appel à une certaine vision mythique qui s’est écartée de la légende primaire. Car, jusqu’au dix-huitième siècle, le scénario référentiel jouait sur la négation et la malédiction : « Dieu punit les hommes de leur arrogance », ce qui explique la notion de diversité langagière. Le compositeur s’explique en d’autres termes : « Inspirée par le mythe de la tour de Babel, cette pièce pour chœur mixte peut apparaître comme le fruit d’une réflexion sur l’origine du langage, des langues ». A partir des Encyclopédistes, il est alors de bon ton de s’occuper de cette diversité des langues en tant que richesse universelle. « La question de l’origine des langues préside à la question de la naissance de l’humanité, pas au sens historique mais au sens spécifique : elle vise l’acte originel de la faculté de parler. Mais, dans sa formulation, elle pose immédiatement le problème de la diversité même des modes d’expression : il faut donc la réfléchir dans le cadre de l’opposition entre une faculté unique et des réalisations multiples … » tient à rappeler Dominique Lemaître.

Écrite à huit voix réelles (2 sopranos, 2 altos, 2 ténors et 2 basses), la partition de Babilim, qui utilise des phonèmes assez proches de l’hébraïque ancien, se présente en sept sections enchaînées. La partie des sopranos de la première section, à deux voix très proches, semble dessiner un vieux chant traditionnel oriental. Son caractère étrange provient du fait de la présence des hommes en tant que « caisse de résonance » accompagnatrice. Émaillée d’accords verticaux qui vont se déployer (présence d’arpèges dans l’espace), la deuxième section montre véritablement l’esprit pluriel de la « diversité des langues » qui se répondent. La troisième section s’appuie sur une technique octophonique chatoyante : les huit voix solistes mettent en branle tout un arsenal au service de la volubilité (trilles écrits sur deux ou trois hauteurs, mini « toupies » …). Ce kaléidoscope giratoire demande une quasi précision instrumentale. La quatrième section réunit le tutti avec ses pupitres en imitation. A travers l’esprit d’un jeu de cloche, une recherche de densité est alors mise en place entre les voix extrêmes. La cinquième section retrouve les motifs du début traités cette fois avec une volonté interrogative à deux, quatre, six voix (développement proliférant de questions tournoyantes). La sixième partie renoue avec l’idée des trilles écrits et avec la disposition spatiale des parties en éventail. Enfin, jouant sur la transparence de deux écritures qui s’imbriquent, la septième section se fonde sur le concept du palimpseste. Deux matières se confrontent : l’une, homophonique – dans la tradition du choral, l’autre, incantatoire, faite de petits motifs – fusées en notes rapides et détachées. L’élément vivifiant s’amplifie (de une à huit voix) et finalement remporte la joute chorale.

Pierre Albert Castanet

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